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LA MOUSTACHE de Emmanuel CARRERE

LA MOUSTACHE de Emmanuel CARRERE

SYNOPSIS

Un jour, pensant faire sourire votre femme et vos amis, vous rasez la moustache que vous portez depuis dix ans. Mais personne ne le remarque ou, pire, tout le monde feint de ne pas l’avoir remarqué, et c’est vous qui souriez jaune. Tellement jaune que, bientôt, vous ne souriez plus du tout. Vous insistez, on vous assure que vous n’avez jamais eu de moustache. Devenez-vous fou ? Veut-on vous le faire croire ? Ou quelque chose, dans l’ordre du monde, se serait-il détraqué à vos dépens?

POINT DE VUE

Tout commence par une disparition. Le jour où Marc décide de se raser la moustache, ces belles bacchantes bien larges qui lui barrent le dessus des lèvres, sa femme, ses amis, ses collègues de travail, ni le barman du café d’a côté ne s’aperçoivent de rien ! Pire, ils lui assurent qu’il n’en a jamais eu !

Emmanuel Carrère dont s’est le second film mais la première fiction (il avait réalisé deux plus tôt le documentaire Retour à Kotelnitch) rejoint à travers cette histoire (dont il est aussi l’auteur, un roman éponyme écrit en 1986 !) une autre de ses oeuvres: L’adversaire inspiré d’un fait divers. On se souvient de cette incroyable tragédie moderne, Jean-Claude Romand assassinait sa femme, ses deux enfants et ses parents parce qu’ils allaient découvrir son mensonge, 20 ans à leur faire croire qu’il avait une vie débordante de médecin alors qu’il passait ses journées sur des aires d’autoroute. Jean-Claude Romand s’était construit une vie factice, superficielle et qui existait uniquement dans le regard de l’autre.

Le même sentiment assaille Marc lorsqu’il se rase la moustache: celui de disparaître. L’angoisse du vide, d’une existence vouée à néant. Sa femme ne le regarde plus, ne l’aime plus (?), est-ce ainsi que commence la fin d’une histoire d’amour, par une moustache qui disparaît?

L’habileté d’Emmanuel Carrère est d’opérer un léger glissement d’un certain naturalisme vers un réel aux contours fantastiques. Par une musique obsédante (signée Philip Glass), par un son qui résonne exagérement, par de légers effets d’échos, par des gros plans, le cinéaste met une distance entre Marc et le monde qui l’entoure et la réalité lui devient de plus en plus étrange, paradoxale et insaisissable.

Cette impression est renforcée par la construction même du récit qui opère par ellipses; encore des disparitions, des scènes supprimées du montage du film, ce qui a pour conséquence de lui échafauder une amnésie dans laquelle il se perd et nous perd irrémédiablement.

FICHE TECHNIQUE

Sortie en salles le 6 Juillet 2005

Réalisation : Emmanuel Carrere

Scénario : Jérôme Beaujour, Emmanuel Carrère

Casting:
Vincent Lindon : Marc
Emmanuelle Devos : Agnès
Hippolyte Girardot : Bruno
Mathieu Amalric : Serge

Image : Patrick Blossier

Son : Laurent Poirier, Hervé Guyader, Emmanuel Croset

Musique : Extraits du Concerto pour violon et orchestre de Philip Glass

Décor : Françoise Dupertuis

Montage : Camille Cotte

Distributeur : Pathé Distribution

ENTRETIEN AVEC EMMANUEL CARRERE

Qu’est-ce que ça raconte, La moustache?

Oh, c’est très simple. Un homme, un beau jour, se rase la moustache après l’avoir portée toute sa vie d’adulte. Il fait ça un peu par jeu, un peu pour voir la tête que fera sa femme. Et elle ne remarque rien. Ou, pense-t-il, fait semblant de ne rien remarquer. C’est son caractère, elle est facétieuse, il se dit qu’elle lui fait une blague. Ils vont dîner chez de vieux amis, qui ne remarquent rien non plus. Il se dit que la blague continue. Au bout d’un moment, quand même, il en a marre, dit que ça suffit comme ça. Qu’est ce qui suffit comme ça ? Attends, tu as bien remarqué que je me suis rasé la moustache ? Alors sa femme ouvre de grands yeux et dit : « Mais enfin ! Tu n’as jamais eu de moustache ! »Voilà, c’est ça, l’histoire. Enfin, le point de départ. Je me doute bien, en disant ça, que je réponds à côté de votre question. Que vous ne me demandez pas de dire comment se met en route la machine infernale mais de dire ce qu’il y a derrière, de quoi ça parle en réalité. Le problème, c’est qu’à cette question, je suis incapable de répondre. Le propre de cette histoire est que son sens échappe, à moi aussi bien qu’au lecteur du livre et maintenant au spectateur du film. C’était d’ailleurs amusant pendant le tournage, parce que tout le monde était persuadé que moi, je détenais le fin mot de l’histoire et en gardais délibérément le secret. J’avais beau dire que non, et que c’était même cette ignorance qui me permettait de la raconter, on ne me croyait pas. Ca me mettait un peu dans la posture du psychanalyste, dont le patient suppose qu’il sait la vérité dernière sur son désir. C’est faux, bien sûr, mais ça fait avancer, alors j’en ai pris mon parti

Peut-on dire que c’est l’histoire d’un homme qui se perd?

On peut dire ça du livre. Je dirais presque le contraire du film : c’est l’histoire d’un homme qui se trouve, et d’un couple qui surmonte une épreuve, à la fois énorme et commune. Je ne peux pas soutenir ça littéralement, bien sûr, mais je pense que cette affaire de moustache, c’est une chose que rencontrent tous les couples, à un moment ou à un autre, sous une forme ou une autre. Et s’ils ne la rencontrent pas, c’est bien pire.

Comment avez-vous eu l’idée du couple Vincent Lindon-Emmanuelle Devos?

J’ai écrit le scénario avec Jérôme Beaujour en pensant à Vincent, et avec son accord de principe. Je voulais un acteur solide, physique, les pieds bien campés sur terre et qui surtout n’ait pas l’air fou. Quelqu’un dont on se dise : « si ça lui arrive à lui, alors ça pourrait aussi bien m’arriver à moi. »Emmanuelle est venue plus tard.

On a même fait un essai, en vidéo. Pas pour savoir si Emmanuelle Devos jouait bien, évidemment ! – mais pour s’assurer que Vincent et elle formaient un couple plausible. Jérôme et moi avons écrit pour cet essai une petite scène d’intimité conjugale, qui n’est pas dans le film : lui prépare le café, elle retire la vaisselle de la machine à laver et en faisant ça tous deux commentent le dîner de la veille… Et alors que Vincent et Emmanuelle ne se connaissaient pas, on a tout de suite eu l’impression qu’ils vivaient ensemble depuis quinze ans. C’était pour moi la clef de la réussite du film : qu’on croie à ce couple et à la force du lien qui les unit, qu’on puisse s’identifier à eux.

Ensuite, évidemment, ils se sont retrouvés tous les deux à jouer des choses très différentes. Tout le film est vu, perçu, ressenti, je dirais même pensé par Marc, alors qu’Agnès, on ne sait absolument rien de ce qu’elle pense –on a uniquement accès à ce qu’elle dit et fait, à ce que Marc la voit dire et faire.Pour Emmanuelle, c’était très étrange, de jouer un personnage dont elle ignorait la vérité. Un personnage qu’elle n’avait pas le droit de connaître de l’intérieur, qui était opaque pour elle aussi. Je lui disais, moi, de jouer l’amour, la femme aimante qui voit son homme partir en vrille sous ses yeux et qui fait tout ce qu’elle peut pour lui venir en aide. Mais elle savait qu’en même temps le spectateur pourrait la percevoir comme une perverse ou une folle, et que cette perception-là se tenait après tout aussi bien. Il faut être virtuose pour jouer un truc comme ça.

Pourquoi faire un film de votre livre?

Après Retour à Kotelnitch, j’avais envie de recommencer. De refaire un film, mais en allant exactement à l’opposé de celui que je venais de faire. Kotelnitch s’est développé sans scénario, dans une liberté frugale mais absolue, en faisant confiance à ce qui arrive. Cette fois, je voulais le contraire : scénario, acteurs, mise en scène, argent, avec tout ce que ça suppose de contraintes et de stratégie. Ce désir-là, le désir de cette expérience-là, est venu avant celui de raconter telle ou telle histoire. Alors j’ai fait un peu comme un peintre qui déciderait de peindre un tableau. Tiens, pourquoi pas une nature morte ? Pourquoi pas ce pot de fleurs qui traîne chez moi ? Pour moi, ce pot de fleurs, c’était La moustache. Et dés que j’ai commencé à le regarder de plus près, je me suis aperçu qu’il me posait des questions qui étaient de pures questions de cinéma.

Des questions de point de vue?

Exactement. Cette histoire n’est possible que si on épouse entièrement le point de vue du protagoniste. Si on n’a aucun autre accès à la réalité que le sien. Ce qui est d’ailleurs notre condition à tous, mais il est relativement rare que le cinéma la prenne au pied de la lettre. Le problème, c’est qu’il y a ce que Marc fait et dit, mais aussi ce qu’il pense, tous les scénarios qu’il bâtit dans sa tête pour essayer de s’expliquer ce qui lui arrive, et ça, ce n’était pas facile à faire passer. En même temps, ce problème, c’était ma raison de faire le film.

La principale contrainte n’était-elle pas l’absence de voix off?

En commençant à travailler, Jérôme et moi, nous avons décidé de nous interdire deux recours : la voix off effectivement, et la représentation des fantasmes ou des scénarios mentaux. Restaient, pour faire comprendre ce qui se passe dans la tête de Marc, les gestes, les mots, les situations, les regards, les ellipses. Nous avons adopté une règle simple : ne rien voir de ce qu’il ne voit pas, ne rien entendre de ce qu’il n’entend pas. Si Agnès sort de la pièce et qu’il ne la suit pas, on n’a pas le droit de voir ce qu’elle fait à côté. On reste sur lui. Pareil pour les conversations téléphoniques : quand c’est lui qui appelle, on entend l’interlocuteur ; quand c’est elle, à moins qu’elle mette le haut parleur, non. Juste avant de tourner, j’ai eu peur, je me suis dit que ces contraintes risquaient d’être paralysantes, et en fait ç’a été tout le contraire. Ca m’a énormément aidé pour la mise en scène. Car quand il y a une règle, on sait dans quelle direction on va.

(extraits du dossier de presse)

A propos de l'auteur

urmila

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