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La vie des autres de Florian Henckel Von Donnersmarck

La vie des autres de Florian Henckel Von Donnersmarck

Synopsis

Novembre 1984, à Hohenschönhausen, centre de détention de la Stasi, Allemagne de l’Est, le capitaine Gerd Wiesler, officier de renseignement modèle, enseigne aux futurs cadres de la Stasi, les techniques d’interrogatoire.

Lors d’une soirée au théâtre, le ministre de la Culture, Bruno Hempf, demande au lieutenant colonel Anton Grubitz de surveiller l’auteur de la pièce, Georg Dreyman. Le ministre n’est pas indifférent aux charmes de la compagne de Dreyman, la belle Christa-Maria Sieland.

Dès le lendemain, Wiesler truffe de micros l’appartement que Dreyman partage avec Christa-Maria et se relaie jour et nuit avec un agent, retranscrivant les détails de la vie du couple….

poster affiche

La vie des autres

Premier long métrage de Florian Henckel Von Donnersmarck, ce film sobre et d’une grande justesse qui a obtenu 42 récompenses à travers le monde, choisit de distiller une réalité inédite au cinéma.

Une nouvelle génération de cinéastes allemands semble en effet posséder désormais le recul nécessaire pour affronter de vieux démons et se délivrer d’anciens tabous. Des films comme La Chute (Oliver Hirschbiegel) et Good Bye Lenin! (Wolfgang Becker) apparaissent comme autant des rituels d’exorcisme, à l’instar de La Vie des Autres qui évoque l’Allemagne d’une époque pas si lointaine.

Les premières minutes du film projettent le spectateur au sein d’une Allemagne de l’est en 1984 sous domination russe

Les staliniens ayant la main mise sur le bloc de l’Est, le ministère de la Sécurité d’Etat, la Stasi, est chargée de débusquer les opposants au régime. De la formation de futurs officiers de cet organe de contrôle qu’est la Stasi, à une démonstration d’interrogatoire, le portrait de cette vie quotidienne comme étouffée par une mécanique totalitaire s’avère proche du documentaire. Mais bientôt, la précision clinique se mue en vision humaniste pour livrer une véritable tragédie digne des antiques classiques.

Tragédie jusqu’à la notion de sacrifice, et même jusqu’à ce qu’un personnage s’étant avili dans le mensonge et la trahison envers l’être aimé se voit supprimé par le Destin, corroborant l’inéluctable.

Invité par son supérieur au théâtre, l’officier Wiesler découvre le couple d’artistes dont va lui incomber la surveillance. Faciès gris dans l’ombre d’un balcon, il observe muni de petites jumelles de théâtre le premier rôle féminin de la pièce, Christa-Maria Sieland, comme captivé par la comédienne ou peut être par l’essence de son art. Son compagnon, Georg Dreyman, est un dramaturge réputé non subversif, mais jugé trop tranquille pour être honnête.

vie des autres stasi

Car le regard, et plus précisément le niveau de regard est une composante essentielle de ce métrage

Le film s’empare de la notion intrinsèque de spectacle, avec une mise en abîme de la mise en scène. Comme dans un théâtre, le spectateur, au fait de toutes les interactions entre les personnages – à l’instar peut-être d’un agent de la Stasi – assiste à la représentation d’une tragédie et contemple les créatures d’un auteur se débattre dans les affres de l’amour, les tourments de la vérité et la quête d’une liberté. Le réalisateur confronte ses personnages à ce qui est vu et entendu, face à ce qui ne l’est pas.

À la fin du film, Dreyman quittant une pièce de théâtre, émergera d’un épais rideau de velours rouge, comme si le personnage quittait son propre rôle, une représentation qui se serait joué presque à son insu, car il apprendra du ministre ce qu’il ignorait, inconscient jusque-là des interactions et des personnages ayant gravités autour de lui.

La surveillance confère un ton différent aux scènes d’un quotidien familier

Comme lors du nouage d’une cravate ou d’une fête entre amis et les installe dans une autre perspective, car dans le grenier de l’immeuble, un casque audio vissé sur le crâne, Wiesler épie et guette le moindre mot qui peut s’avèrer une menace pour le régime. Il observe, consigne, prend note, chronomètre, écoute, stoïque et implacable instrument déshumanisé d’une entité omniprésente.

espion stasi

Les décors, dont les lignes et l’agencement obtus, traduisent l’état d’esprit ambiant d’une période apparaissant comme anémiée

De longs couloirs mornes, des éclairages ternes confèrent une atmosphère oppressante et évoquent en esprit la RDA. Les déclinaisons de couleurs contribuent également à s’immerger dans cette époque cadenassée.

À l’exemple de l’appartement de l’officier Wiesler dont l’intérieur fonctionnel et froid contraste singulièrement avec le logement du couple, havre empli de tableaux, de livres, symbole d’une liberté intellectuelle et culturelle et d’une indépendance d’esprit loin de tout formatage.

La révolte silencieuse est confrontée à l’obsession criante du contrôle

Comme cette vérité qui explose un soir lorsque l’explication qu’a le couple semble dépasser le cadre de leur relation, pour laisser émerger une rébellion longtemps intériorisée, celle de la vie libre brimée. Là est enfin dit ce qui est sans cesse pensé…

Christa-Maria, à la fois mystérieuse et désillusionnée, est un personnage soumis au pur sens tragique du terme. Soumise à la fois au ministre qu’elle ne peut difficilement qu’éconduire, à son statut d’actrice, à ses médicaments illégaux, soumise aux impossibles choix face auxquels elle est confrontée.

Dreyman, l’auteur, est d’une certaine manière plus distancié, littéralement comme dans un autre « état », celui d’artiste d’abord mais peut être aussi d’un état physique, une Allemagne de l’Ouest ou une contrée dans laquelle la liberté de pensée ne serai pas atteinte. Prémices de son renouveau littéraire, le futur manifeste sur le suicide des artistes et leur muselage est motivé par la disparition de son ami Jerska, homme de théâtre interdit de mise en scène.

vie des autres

 

Martina Gedeck (Christa-Maria Sieland), Sebastian Koch (Georg Dreyman)

Véritable réflexion sur le rôle de l’artiste

L’auteur qu’est Dreyman prendra pleinement sa mesure lorsque ses nouveaux écrits le transforme en activiste dénonciateur du régime.
L’existence de wiesler, elle, est ritualisée, et il exécute les mêmes gestes où s’affiche en permanence son air de morgue. Wiesler donne l’impression de ne pas se posséder, à l’image de son appartement austère, purement fonctionnel et sans personnalité. Assistant à la vie des autres, sans avoir de vie propre.

Toute sa vie est orientée vers son travail, comme dans la scène de l’ascenseur où un garcon le questionne et révèle l’avis de son père sur la Stasi. Par réflexe, il veut demander le nom de l’individu mais se ravise, première hésitation qui amorce un bouleversement des convictions de Wielser.

Le masque du visage de Wiesler finira par être permissif à toutes les émotions, du désabus, à la compassion en passant par la tristesse…Car Wiesler est comme une coquille vide qui ne demande qu’â être remplie…
Progressivement, l’officier Stasi va être impacté par l’Amour, celui de l’art, de la culture, du couple intime.

Il se sera d’ailleurs emparé dans l’appartement de l’auteur d’un livre honni de Brecht pour le lire, cet auteur qui représente l’écho d’un autre temps face à la violence de la dictature.

Sa démarche finira par être plus hésitante, moins assurée, et il perdra l’allure presque mécanique assimilable à l’entité qu’il représente pour marcher en homme indépendant. Métamorphose presque physique de son attitude.

Bientôt les oreilles se font sourdes et Wiesler devient témoin muet. Le mur idéologique érigé autour de lui se fissure, comme le sera bien plus tard littéralement cet autre Mur tombé en 1989.

https://www.youtube.com/watch?v=n3_iLOp6IhM

Wiesler franchit la limite et éprouve la crainte, celle-là même qu’il a contribué à faire endurer à de nombreuses personnes

Lorsque dans le bar, Wiesler s’adresse à Christa-Maria pour saluer son Art et la réconforter, il officie tel un démiurge, un parangon d’ange-gardien, qui évidemment connaît tout des compromissions de l’actrice, et là est le réel début de changement de Wiesler.

Ayant eu une influence sur la vie d’une autre, il pourrait possiblement en être de même pour la sienne… Et Wiesler fera preuve d’un grand art lui-même. Il finira par devenir metteur en scène de la vie des autres.

Metteur en scène s’arrangeant pour que Dreyman voit sa compagne descendre de la voiture du ministre, le place ainsi en position de voyeur, lui octroyant le pouvoir de celui qui sait sans que l’autre n’en ai conscience.

Confronté à Christa-Maria lors d’une séance d’interrogatoire, il est chargé d’obtenir des aveux sous la scrutation de ses supérieurs, livrant pour le coup une parfaite composition d’acteur et se révèle même meilleur que la comédienne. Auteur également, lorsqu’il invente le compte rendu imaginaire de la supposée pièce de théâtre de Dreyman en l’honneur du 40ème anniversaire de la RDA.

La partition musicale discrète officie au début du métrage tel un catalyseur de suspense, une mélopée planante évoquant la suspicion et le secret, la présence d’une entité qui observe; puis les tonalités se font plus solennelles, s’apparentant parfois à une marche funèbre.


Un film épuré dont le classicisme grandiose n’appose aucun jugement, mais qui se met au service des responsabilités des personnages et des résonances dramatiques pour trouver leur écho au plus profond de nous.

Avec ce premier long métrage, Florian Henckel Von Donnersmarck entre d’une fort noble manière dans la Grande Histoire du Cinéma. Un métrage qui interroge sur le prix et le rôle de l’Art, ainsi que sur la prise de décision. Nimbé d’une profonde pudeur, le final se révèle extrêmement touchant.

L’apposition d’une ultime dédicace, justifie une identité à l’ancien officier Stasi, plus uniquement réduit à un matricule. Et par ses derniers mots, il s’affirme plus que jamais vivant, allant désormais grâce à l’art, faire partie de la vie des autres.

Fiche Technique

Oscar 2007 du meilleur film étranger
European Film Awards 2006 : Meilleur Film, Meilleur Scénario, Meilleur Acteur
Lola 2006 : Meilleur Mise en Scène, Meilleur Acteur, Meilleur Second Rôle Masculin, Meilleure Photo, Meilleurs Décors, Meilleur Scénario
Deutscher Filmpreis : Meilleur Film Allemand
Festival du Film de Bavière : Meilleur Acteur, Meilleur Réalisateur, Meilleur Scénario

Réalisateur, scénariste : Florian Henckel Von Donnersmarck
Image : Hagen Bogdanski
Montage : Patricia Rommel
Son : Arno Wilms
Musique : Stéphane Moucha et Gabriel Yared
Décors : Silke Buhr
Costumes : Gabrielle Binder
Maquillage : Annet Schulze et Sabine Schumann
Producteurs : Quirin Berg et Max Wiedemann
Production : Wiedermannand and Berg Filmprodktion
Coproduction : Bayerischer Rundfunk, Arte, Creado Film
Distributeur : Ocean films
Editeur DVD : Ocean films

Avec
Ulrich Muhe : Capitaine Gerd Wiesler
Sebastian Koch : Georg Dreyman
Martina Gedeck : Christa-Maria Sieland
Ulrich Tukur : Lieutenant colonel Anton Grubitz
Thomas Thieme : Ministre Bruno Hempf
Hans-uwe Bauer : Paul Hauser
Volkmar Kleinert : Albert Jerska
Matthias Brenner : Karl Wallner

 

Le musée de la Stasi à Berlin

NOTES SUR LA STASI (élément du dossier de presse)

La Stasi, abréviation de staatssicherheit et dont le nom officiel est ministerium für staatssicherheit (en français : Ministère pour la sécurité d’Etat) créée le 8 février 1950, cinq mois après la proclamation de la RDA, était le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage du régime communiste de la République Démocratique Allemande (RDA).

La Stasi fut structurée sur le modèle de la Tcheka, ancêtre du KGB, pour traquer les opposants politique au régime communiste instauré dans l’est de l’Allemagne . La Stasi s’est très vite professionnalisée, créant en 1951 son école de formation d’officiers dont l’enseignement se veut fondé sur des «règles scientifiques et socialistes» Au service du Part et du pouvoir, elle est une police secrète et politique, une institution discrète qui pratique l’indiscrétion et qui jouit dans l’exercice de ses fonctions d’un pouvoir quasi discrétionnaire : les droits de la stasi ne sont limité par aucun texte de loi.

De 1950 à 1989, la Stasi en quelques chiffres

Le Ministère de la Sécurité d’Etat comptait 17 prisons préventives. Berlin-Hohenschönhausen en était le siège administratif et la prison centrale préventive. Plus de 200 000 condamnations politiques furent prononcées, les prisons étaient occupées par une moyenne de 30 000 prisonniers politiques ; environ 34 000 prisonniers politiques furent «vendus» à la RFA avec une moyenne de 50 000 euros par prisonnier.

La Stasi était composée de 91 000 agents officiels soit 5,5 agents pour 1000 habitants, soit 3 fois plus qu’en Union Soviétique et de 175 000 collaborateurs non officiels (IM), plus de 20 000 d’en eux opérant en RFA. Quatre millions de fichiers et de dossiers furent contitués pour une population de 16 millions d’habitants, et 2 millions de dossiers concernant des personnes vivant en RFA.

Pendant les semaines qui précédèrent la chute du Mur, la Stasi entreprit de détruire ses archives mais sa chute précipitée ne lui permit pas de détruire la totalité des dossiers. Environ 14 kms de dossiers détruits, en millions de fragments, ont pu être récupérés, soit 14 000 sacs. Depuis 1995, on procède à la reconstruction manuelle des dossiers détruits.

Fin 2001, on n’avait réussi à reconstituer que quelque 200 sacs. 180 kms de dossiers sont demeurés intacts et sont accessibles aux citoyens concernés et aux chercheurs. En 2001, plus de 5 millions de demandes de consultation de dossiers avaient été déposés.

A propos de l'auteur

urmila

Bonjour, je m'appelle Urmila et j'ai créé ce blog pour vous partager tout un tas d'articles sur mes passions et occupations. J''adore écrire, voyager et me promener. Welcome sur travelblog.

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